[Podcast] Trajets des salariés, voyages de groupe : la hausse de l'essence, nouvel enjeu des CSE
Signe des temps : même Valérie, qui se dit amoureuse de belles bagnoles, a pris le train pour se rendre depuis Dunkerque au salon Eluceo de Lille, où elle animait la semaine dernière le stand de la Macif. La hausse des prix de l’essence n’ est pas pour rien dans son choix. Pourtant, au travail, elle n’en perçoit pas les inconvénients, et ce pour une bonne raison : "A Dunkerque, les transports publics sont gratuits".
Bien d’autres salariés, qui prennent leur automobile pour se rendre au travail ou pour leurs déplacements professionnels, n’ont pas cette chance. La hausse des prix des carburants commence à préoccuper certains employés et leurs représentants.
Si les organisations syndicales appellent le gouvernement à prendre des mesures (plafonnement des prix, révision du barème kilométrique, indexation des salaires sur les prix, etc.), les élus CSE et délégués syndicaux croisés au salon Eluceo de Lille mardi 31 mars et mercredi 1er avril tentent parfois d’obtenir de l’employeur des mesures de compensation, même si le consultant Mohamed Mechachti, du cabinet Degest, qui a animé une conférence sur les NAO, juge les élus trop timorés dans leurs demandes et leur approche : "Bien sûr, il existe des sociétés en difficulté. Mais beaucoup d’entreprises, qui avaient négocié de très faibles augmentations salariales du fait d’une inflation prévue à 0,9 % par an, ont les moyens de revoir à la hausse les rémunérations pour tenir compte de la perte de pouvoir d’achat des salariés, sachant que l’inflation pourrait atteindre 3 % en 2026".
Rien de tel pourtant dans le site d’Amazon Lauwin (Nord), qui emploie 2 600 salariés : "Nous n’avons pas parlé du coût de l’essence dans l’entreprise. Il faut dire que nous venons de conclure de très belles NAO. Nous obtenons + 3,7 % d’augmentation, l’entreprise ayant intégré la prime de partage de valeur dans la rémunération de base", nous dit Jean-Marc Gilbert, secrétaire du CSE. Un coup de pouce, ajoute-t-il, qui s'explique aussi par le souci de l'entreprise de rester attractive pour embaucher. Pour cet élu UNSA, la solution au problème du prix de l’essence ne réside d'ailleurs pas du côté des employeurs, mais dans une baisse par l’Etat des taxes pétrolières, et surtout dans une électrification accrue des transports et de l'économie.
Dans le secteur médico-social, la hausse est très nettement ressentie par les travailleurs sociaux qui se déplacent en voiture. Témoin Valérie Bourel, assistante sociale du SESSD (service d'éducation spéciale et de soins à domicile) : "Nous avons quelques véhicules de fonction pour nous déplacer, mais pas assez pour toute l’équipe. Ceux qui doivent utiliser leur véhicule sont donc pénalisés". Les élus CSE demandent donc à l’employeur d’augmenter le parc des véhicules, "et on va tenter de négocier un bonus pour les indemnités kilométriques".
Les élus et délégués d’une autre association médico-sociale, les Papillons Blancs à Denain (Nord), se sont, eux, heurtés à une fin de non-recevoir, comme le déplore dans notre podcast Manuel Kenepper, élu CSE et délégué syndical CGT : "Bien sûr, l'employeur n'est pas responsable de cette situation exceptionnelle, mais il pourrait quand même mettre la main à la pâte. Car nos salaires stagnent et le coût de la vie augmente". La direction de l'association a simplement suggéré aux salariés de faire du covoiturage et d'utiliser davantage les transports en commun...
Elu CFDT dans une entreprise de tri contrôlée par les collectivités locales, Renaud Gilles n’a pas encore connaissance de réclamations de salariés, mais il rapporte que la demande faite il y a quelques années d’équiper le site en bornes rechargeables pour les salariés ayant un véhicule électrique avait été repoussée par l’employeur.
Cet autre élu, du secteur médico-social, estime lui-aussi que l’électrification du parc automobile de l’association qui l’emploie serait une solution, mais elle se heurte à des problèmes pratiques : "Il n’y a pas de véhicule électrique capable d’accueillir un fauteuil roulant".
Il est aussi un autre domaine où l’impact des prix pétroliers peut être fort pour les CSE, ce sont les voyages.
Directeur national des ventes de voyages de groupe pour Havas, Hocine Zeggane nous explique que les compagnies aériennes répercutent aux voyagistes la hausse du kérosène, et que le choix d'autres itinéraires et d'autres aéroports, du fait de la guerre du Golfe, renchérit les billes.
Il doit donc à son tour passer des hausses de prix pour des voyages déjà achetés par les CSE, cela demandant parfois des discussions au cas par cas. Mais les contrats passés stipulent des cas de force de majeure, tels que les conflits, pour justifier de telles hausses. Pour autant, nous dit-il, les CSE qui ont prévu des voyages lointains ne vont pas changer à court terme leur fusil d’épaule, mais plutôt modifier les types de vol et de compagnies…