Le professionnalisme, premier critère de choix d’un cabinet d’avocats
Partenaire indispensable de la fonction juridique en entreprise, le cabinet d’avocats fait l’objet de toutes les attentions de ses clients, en phase de sélection. Sans surprises, ces derniers font appel à un conseil dans des cas précis : le contentieux, bien sûr, mais également pour un accompagnement lors de certaines missions, comme les fusions-acquisitions, pour un conseil technique pointu, voire, pour un surcroît de travail. « Par exemple, une data room conséquente à réaliser en plein mois d’août va justifier le recours à un renfort », explique Ulrich Lepoutre, directeur juridique de la foncière Immochan.

Régulièrement, les directions juridiques sont contactées par les cabinets d’avocats qui présentent leur activité. Les juristes d’entreprise s’attachent alors à départager les professionnels avec lesquels ils pourraient travailler, de ceux qui n’apportent pas de valeur ajoutée. Dans les grands groupes internationaux, un certain formalisme prédomine : « Au siège de notre groupe en Grande-Bretagne, des panels de cabinets sont organisés, et ceux qui sont référencés se voient attribuer un volume de travail annuel », explique Hans Sevenants, directeur juridique Benelux et France de la compagnie pétrolière Shell. L’un des points importants est alors l’envergure du cabinet et sa présence à l’international afin d’accompagner le groupe dans tous ses pays. Chez le spécialiste de l’immobilier CBRE, le groupe impose certaines lignes directrices dans la sélection des prestataires : « La qualité du service, le tarif proposé, l’expérience des avocats sur des dossiers équivalents et leur implication personnelle arrivent en tête des critères », indique Tanguy Queinnec, directeur juridique de CBRE.
En tant que société américaine, CBRE attache également de l’importance au management interne des cabinets pressentis et à leur éthique. « Un cabinet qui promeut les femmes et les minorités marquera des points », ajoute Tanguy Queinnec. Chez Webhelp, société d’externalisation de la relation clients, la directrice juridique Sandrine Asseraf confirme : « En tant qu’ancienne avocate, je suis sensible aux cabinets qui donnent des responsabilités aux femmes, et également à ceux qui emploient de jeunes avocats dynamiques qui créent une relation de confiance ».

La relation directeur juridique-avocat a en effet une importance cruciale : « La faculté du prestataire à comprendre les besoins et enjeux de son client, à se mettre à ses côtés, est fondamentale, estime Ulrich Lepoutre. Il y a des éléments de langage révélateurs, comme l’utilisation du "nous" plutôt que le "je vous conseille" qui revient à prendre une posture de sachant ». Si les compétences des cabinets sont souvent évaluées à leurs missions accomplies dans des secteurs ou domaines similaires, les directeurs juridiques aiment entendre du concret : « L’avocat pressenti doit pouvoir nous parler de ses savoir-faire, et de ses victoires, et non pas seulement de ceux de son cabinet », résume Ulrich Lepoutre.
Le critère du prix revêt un aspect fondamental : « Entre deux cabinets jugés équivalents, le prix fera la différence, lors des panels d’avocats organisés par le siège », révèle Hans Sevenants. En tant qu’ancien avocat qui a effectué une carrière internationale, ce directeur juridique déplore un certain manque de clarté chez les cabinets français : « Il faut pouvoir évaluer immédiatement le coût d’une mission ». Chez CBRE, Tanguy Queinnec soumet à ses prestataires une lettre d’engagement : « Le cabinet s’engage sur un taux d’honoraires mais aussi sur des profils d’intervenants dans le dossier, avec leur titre, leur nombre d’années d’expérience et le nombre d’heures prévisionnel de travail pour chaque avocat ». Hors de question de facturer un junior au prix d’un senior chevronné. « Nous réclamons au cabinet un rapport détaillé des coûts. Ils doivent également nous adresser un plan de travail en indiquant ce qu’ils envisagent de faire étape par étape, en fonction de leur estimation du risque », explique Tanguy Queinnec. Lors des contentieux, ce directeur juridique prend des précautions particulières, comme le fait de relire les conclusions de l’avocat en amont et, le cas échéant, d’amender la rédaction qui lui a été soumise. La préparation des jeux de conclusions successifs relève d’un partenariat entre le cabinet d’avocats et la direction juridique.

Côté tarifs donc, les directeurs juridiques souhaitent avoir de la visibilité sur les coûts de leur prestataire : « Nous nous entendons toujours en amont sur les honoraires, et les encadrons dans une convention d’honoraires, de façon à prévenir toute mauvaise surprise », confirme Ulrich Lepoutre. Les juristes apprécient les forfaits, tout en reconnaissant qu’ils ne sont pas toujours applicables. « Dans une opération de fusion-acquisition, on peut forfaitiser la partie "due diligence" où la masse de travail est connue, et repartir en taux horaire pour la phase finale de négociation », estime Sandrine Asseraf.
Enfin, les professionnels du droit en entreprise apprécient tous les services complémentaires que peuvent leur apporter les avocats : « Je regarde si le cabinet propose de la formation, explique Hans Sevenants. Car il est très utile qu’un avocat forme l’équipe de juristes internes, en faisant du sur-mesure ». C’est aussi une façon de renforcer la proximité, car, comme le reconnaissent les directeurs juridiques interrogés, il n’y a pas de relation avocat-juriste pérenne sans liens étroits et sans disponibilité de l’avocat.