« De plus en plus de juristes choisissent de s’expatrier », constate Stéphane Grynwajc, responsable de la commission « Juristes exerçant à l’étranger » au sein de l’AFJE (Association française des juristes d'entreprise). Représentant les membres de l’AFJE basés hors de nos frontières, la commission regroupe une centaine de membres. Par ailleurs, Stéphane Grynwajc anime un groupe sur LinkedIn, « Juristes d’Entreprise Français de l’Étranger », qui rassemble près de 1000 professionnels concernés.

« Il y a plusieurs raisons à cet engouement pour l’international », explique le juriste, également avocat au barreau de New York et solicitor en Angleterre et au Pays de Galles. « D’une part, les entreprises se développent à l’international et ont besoin de managers mobiles, d’autre part, les jeunes qui débutent dans le métier se tournent plus volontiers vers l’étranger ». Des motivations que confirment les professionnels qui ont franchi le pas. « J’ai effectué un stage en République démocratique du Congo à Kinshasa, puis j’ai exercé pendant deux ans et demie en tant que salarié en Malaisie, avant de rejoindre la Thaïlande », relate Pierre-Gabriel Chauvac, juriste contrats chez Bombardier Transportation Signal, entreprise de transport ferroviaire. Une carrière débutée, dès le départ, à l’international pour ce jeune professionnel qui nourrit un goût prononcé pour l’étranger. « J’ai jugé qu’une expérience hors frontières apporterait de l’épaisseur à mon CV », explique Pierre-Gabriel Chauvac, lequel a également croisé des professionnels qui lui ont donné sa chance. Autre facteur : les jeunes juristes jugent le marché du travail compliqué en France. « Il faut correspondre en tout point à l’annonce diffusée, les recruteurs ne prennent pas de risque », déplore Erwan Tomasi, directeur juridique de la SSII Mindtree en Inde.
Agé de 41 ans, Erwan Tomasi, a lui aussi choisi l’international, à la faveur d’une opportunité : « J’ai travaillé pendant 5 ans pour la filiale française d’une société indienne à Paris. Puis, j’ai été recruté par Mindtree pour occuper, directement en Inde, le poste de directeur juridique au siège de Bangalore ». L’international appelle l’international donc, et les professionnels français ne manquent pas d’atouts pour s’exporter : « La dimension multiculturelle d’un Européen rompu au business avec des partenaires du monde entier séduit », reconnaît Pierre-Gabriel Chauvac.

Car dans ces entreprises étrangères, le juriste endosse un rôle qui va au-delà du droit, pour se mêler étroitement au business et à la stratégie. « Je participe à toutes les négociations avec les clients étrangers, au relationnel avec les partenaires en dehors des heures de travail. Le directeur juridique est omniprésent dans la culture anglo-saxonne des entreprises indiennes », souligne Erwan Tomasi.
A l’inverse, certains professionnels de droit étranger s’installent à Paris, à l’image de Doris Speer, directrice juridique fusions et acquisitions chez Alstom. Déjà salariée chez l’équipementier aux États-Unis, Doris Speer a rejoint la France il y a plus de 10 ans, et juge son activité porteuse pour s’exporter : « Dans le domaine des fusions-acquisitions, il est plus naturel de s’expatrier, car il y a une forte composante business. L’approche des transactions, les sujets à négocier sont communs à la plupart des pays. »
Stéphanie Couture a pour sa part quitté le Québec où elle occupait le poste de directrice juridique de la division nord-américaine du fabricant de revêtements Tarkett en 2006. Ceci afin d’exercer à Paris la fonction de directeur juridique groupe. « Mon rôle en France est de veiller à minimiser le risque juridique au niveau de tous les pays concernés et de toutes les sociétés couvertes. Je dois m’assurer que nous avons les bonnes ressources - internes ou externes - pour résoudre les problèmes de droit », explique cette avocate au barreau du Québec.
Les professionnels qui rejoignent la France ne sont donc pas nécessairement des spécialistes du droit local, ce qui vaut également pour de nombreux autres pays. En revanche, ils ont une connaissance approfondie de leur entreprise et de ses enjeux juridiques à l’international.