Une rémunération juste et prévisible, un souhait que les DJ font à leurs conseils
« Les salaires représentent en moyenne deux tiers des coûts des cabinets d’avocats. Et le taux horaire avocat se base sur 3,5 fois les coûts du cabinet ». C’est le premier constat exposé par Olivier Chaduteau, associé fondateur du cabinet de conseils Day One. Entre juste coût et concurrence accrue, les avocats se doivent d’être à l’écoute des besoins et des budgets de plus en plus restreints des directions juridiques. Comment réaliser un tel équilibre ? Cette problématique a été abordée lors du premier Carré Live organisé par la LJA (Lettre des juristes d'affaires), l’AFJE et le Cercle Montesquieu, ce mardi.
Fort du constat que les directions juridiques ont, de plus en plus, internalisé leurs fonctions et que nombre de leurs juristes ont auparavant exercé en cabinets, les avocats sont aujourd’hui dans l’obligation de proposer une réelle valeur ajoutée. Cette dernière « se caractérise probablement par la connaissance du métier et du secteur de l’entreprise », selon Jacques Philippe Gunther, managing partner du cabinet Willkie Farr & Gallagher à Paris. Tandis que, du côté des directeurs juridiques, la définition retenue va plus loin : « la valeur ajoutée c’est lorsque les avocats vont au-delà de nos attentes », argumente Guillaume Nonain, vice-président legal de Brink’s EMEA.
De ce débat ressort une certitude : en dehors d’une réelle expertise, d’une qualification reconnue, et d’une connaissance accrue de l’entreprise, les avocats doivent se démarquer par une politique de rémunération juste et prévisible.
Faut-il alors préférer les forfaits aux taux horaires ? Entre avocats et directeurs juridiques les avis divergent. « Je ne suis pas partisan du taux horaire. Mais je n’emploie pas un conseil pour qu’il perde de l’argent, ce qui peut être le cas dans un forfait », revendique François Pinon, directeur juridique du groupe Accor. Pour les avocats le taux horaire ne fait pas tout : « C’est une base de détermination des coûts. Ce n’est en rien l’alpha et l’oméga de la facturation. La détermination de l’honoraire prend du temps », défend Philippe Gunther. Tout serait-il question d’explications ? « La question est de savoir le contenu d’un taux horaire, à quoi il correspond. Le directeur juridique accepte de payer l’expertise et la qualification, mais il supporte de moins en moins le surplus », constate Stéphane Lefer, fondateur du cabinet d’avocats Oxygen+.
La proactivité de l’avocat en matière de gestion de ses coûts est donc un élément de choix. Dans un souci de prévisibilité, les parties doivent s’entendre sur une rémunération au temps passé. Et quelle que soit la solution privilégiée, « détacher la valeur [de la prestation] du prix est une hérésie », pour Olivier Chaduteau. D’ailleurs, la prise de risque exceptionnelle du conseil extérieur dans un dossier pourra être récompensée par des honoraires de résultats ou success fees, même si la pratique est encore controversée en France.
Les conseils et entreprises peuvent alors compter sur des outils de gestion de facturation électronique. Un investissement pour les structures mais qui les valoriseront sur le long terme. « L’outil permet d’automatiser et de simplifier [les factures] en s’assurant que les dossiers seront conformes au budget défini », explique Emmanuel Bertrand, Business Development Executive d’ELM Solutions.
Certains logiciels préviendront, notamment, lorsque le budget sera sur le point d’être dépassé.
Les directions juridiques, souvent de grands groupes internationaux, ont aussi tendance à intégrer des knowledge managers ainsi que des directeurs achats, afin d’optimiser leurs budgets. De leur côté, les cabinets, notamment anglo-saxons, innovent aussi. Selon une récente étude de la City Bank Law, 36 % des cabinets interrogés ont indiqué avoir recours à un project manager à temps plein et 58 % ont recruté un spécialiste de la détermination des prix.
Que l’outil utilisé soit humain, technologique ou les deux à la fois, il est certain que la relation construite entre l’entreprise et ses avocats fera toute la différence. L’intuitu personae garde toujours une place centrale.