Une association au service du pouvoir citoyen
Chez lui, cela fonctionne par cycle de huit ans environ. Après avoir créé dans les années 80, avec des amis, Agir ici (devenue ensuite Oxfam France), avoir travaillé pour le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD) et la Cimade, il a vécu, jusqu'en 2016, huit années passionnantes (et éreintantes) au service de l'ONG américaine Human Rights Watch (HRW). Comme son nom l'indique, celle-ci défend les droits humains partout dans le monde. "J'ai appris avec HRW l'efficacité du plaidoyer bien fait", estime-t-il. Il rappelle que la capacité de faire avancer telle ou telle cause dépend de plusieurs facteurs : "amener le bon dossier sur le bon bureau au bon moment, si possible en s'appuyant sur les bons médias."
Responsable pendant huit ans du bureau français de l'ONG américaine, il n'en a pas moins gardé un oeil attentif sur la société française. Et ce à quoi il a assisté l'a plus qu'inquiété. "Je suis très préoccupé. Il y a une dérive d'une opinion publique désespérée, rejetant la politique. La République n'offre plus du tout les mêmes chances à chacun."
Sur ces bases, Jean-Marie Fardeau décide de mettre au service des causes associatives ses compétences acquises depuis plus de trente ans. Pour lui, le mal français s'explique par trois phénomènes majeurs : le creusement des injustices sociales dans l'accès à la santé, à l'éducation, aux services publics ; les discriminations en tous genres (handicap, origine ethnique, couleur de peau,etc.) ; la corruption et la multiplication des conflits d'intérêts. "Ces trois dimensions sont étroitement liées et nourrissent un profond sentiment de méfiance", dit-il.
Alors, avec quelques amis, il décide d'attaquer le problème par la racine. Pas question d'investir directement le champ politique. "Je n'attends pas grand-chose du monde de la décision politique", explique-t-il. Il mise plutôt sur le pouvoir de mobilisation des associations citoyennes qui, par leur indépendance et leur insolence, peuvent bousculer les conservatismes et les injustices. "Si la société civile ne s'organise pas pour exiger de vrais changements, rien ne changera rapidement", veut-il croire.
VoxPublic a justement ce projet d'appuyer les associations et autres collectifs qui s'attaquent à l'un des trois piliers du malaise français (injustices, discriminations et corruption). Bénéficiant de mécénats (1), l'association qui compte actuellement trois temps pleins, peut ainsi se mettre au service de structures modestes, de proximité qui n'ont pas les moyens de se payer des services extérieurs et du conseil stratégique.
Les premières actions ont orienté l'ONG vers le collectif (dont font partie la Ligue des droits de l'homme, HRW...) qui lutte contre les contrôles policiers au faciès, vers Solidarités nouvelles pour le logement présidé par le préfet Alain Reigner. Vox Public épaule également le collectif "Pas sans nous" qui se bat pour obtenir de l'Etat le financement d'un fonds participatif pour favoriser des actions citoyennes en politique de la ville (lire notre article). Sur son site, Vox Public publie une infographie qui répertorie un grand nombre d'initiatives citoyennes. "On espère ainsi que les grands médias vont trouver de nouveaux sujets", glisse Jean-Marie Fardeau.
Au bout de six mois d'activité et de centaines de rencontres sur le terrain, il porte un premier regard sur ce qu'il observe. "Les associations ont de l'or entre les mains, assure le directeur de VoxPublic. Mais pour faire passer le message, elles doivent intervenir beaucoup plus en amont auprès des administrations centrales, des ARS ou des préfectures. Chaque association a parfois tendance à vouloir parler d'abord au ministre alors que cela ne se joue pas toujours à ce niveau."
(1) Pour 2017, l'association bénéficie d'un budget d'environ 300 000 euros dont près de la moitié est amené par Open society (financé par George Soros). Mais contribuent également une fondation néerlandaise, la fondation française "Un monde pour tous" et une structure créée par le fondateur de Skype.