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Salaires des juristes : l’international, le graal !

Trois grandes tendances ressortent des récentes études portant sur les rémunérations des juristes d’entreprise en France : l’intégration plus fréquente d’une part variable, la valorisation des compétences à l’international et une relative stabilité des niveaux de rémunération.

Plus de la moitié des juristes (57 %) ont bénéficié dans leur rémunération en 2015 d’une part variable (bonus, prime, etc.), dont la valeur oscille entre 0 et 15 %. C’est ce qu’a révélé l’enquête publiée au printemps par l’AFJE (Association française des juristes d’entreprise) et réalisée par Squaremetric (voir notre article). « Cette évolution se vérifie surtout dans les grands groupes internationaux, où il est demandé aux juristes d’être de plus en plus proches du terrain, d’accompagner l’évolution de l’entreprise et de participer à des projets, en contrepartie de quoi les employeurs rendent les rémunérations plus vivantes », commente Stefen Simon, manager Hays ressources humaines et juridique. Concrètement, le variable accordé prend la forme d’un bonus sur objectifs. Soit la rémunération est liée à des indicateurs de performances, soit elle est directement corrélée aux résultats de l’entité. Une part variable plutôt estimée entre 5 et 7 % par Stefen Simon. Et qui semble augmenter avec l’âge du juriste : 92 % des juristes de plus de 55 ans en ont bénéficié sur les 12 derniers mois contre seulement 57 % pour les moins de 30 ans, selon l’enquête de l’AFJE.

Des compétences internationales valorisées

L’évolution la plus significative en terme de rémunération concerne les juristes contrats internationaux. La capacité à négocier avec des interlocuteurs étrangers est fortement valorisée. D’ailleurs selon l’étude de rémunérations 2016 menée par Robert Half, le juriste en droit des affaires international fait partie des fonctions les plus recherchées par les entreprises. Selon cette étude, la rémunération d’un juriste des affaires internationales ayant de 3 à 6 ans d’expérience est comprise en 2016 entre 42 et 58 K€ (+ 2,0 % par rapport à 2015) et entre 58 et 72 K€ pour ceux qui ont plus de 6 ans d’expérience (+ 3,2 % par rapport à 2015). « Le poids de l’international est de plus en plus prégnant dans les entreprises, le niveau de rémunération évolue avec le poste qui englobe la gestion de contrats internationaux, nécessite le traitement de questions de droit dans plusieurs pays, la coordination d’activité des conseils externes présents dans chaque pays, etc. » indique Stefen Simon. Bref, pour mener à bien les négociations, le juriste doit avoir une vision claire et globale des dossiers, une mission qui se paie.

Marché stable, rigueur salariale

Selon Robert Half, d’autres fonctions voient leur salaire augmenter en 2016, mais dans une moindre proportion : les juristes en droits des sociétés (+ 2,2 % de 3 à 6 ans d’expérience et + 1,5 % pour les plus de 6 ans d’expérience), juristes NTIC/propriété intellectuelle (+ 2,2 % de 3 à 6 ans d’expérience et + 0,9 % pour les plus de 6 ans d’expérience), juriste en droit des contrats (+ 1,7 % pour les plus de 6 ans d’expérience) et juriste en droit public (+ 1,2 % de 3 à 6 ans d’expérience).

En revanche, les rémunérations des responsables et directeurs juridiques accusent une baisse : - 3,1 % dans les entreprises dont le CA est inférieur à 100 M€ (avec un salaire de 55 à 70 K€), - 0,5 % dans les entreprises dont le CA est compris entre 100 M€ et 500 M€ (75 à 110 K€) et - 2,2 % dans les entreprises dont le CA est compris entre 500 M€ et 2 Md € (95 à 130 K€). Un salaire qui peut selon Hays, dépasser les 160 K€ au-delà de 8 ans d’expérience (voir notre article).

Au global, depuis quelques années, Hays note une relative stabilité des rémunérations. L’enquête de l’AFJE confirme de son côté une « progression mesurée » des salaires pour la période 2008 et 2015 (+ 12 % pour les directeurs juridiques, + 9 % pour les responsables juridiques et + 7 % pour les juristes).

Sans pénurie de main-d’œuvre, ni explosion de nouveaux sujets, le marché reste stable. Ainsi, « avec un salaire médian de 38 960 € en 2015 contre 49 100 pour le juriste en droit des sociétés ou 48 320 € pour le juriste d’affaires, le juriste en droit social est peu valorisé parce que les candidats sont nombreux. Pourtant il est très recherché car la législation sociale est de plus en plus complexe », remarque Caroline Blondel, consultant senior chez Expectra (groupe Randstad).

La progression semble au final plus graduelle que contextuelle. Une situation qui pourrait évoluer dans les prochaines années avec l’arrivée de nouveaux métiers liés au data management, à la compliance et au contract management, encore trop peu nombreux pour influer véritablement sur le niveau des rémunérations dans la profession.

 

Véronique Méot
Ecrit par
Véronique Méot