Un métier ouvert, au cœur de l’entreprise, amené à évoluer pour encore plus de transversalité : ce sont les atouts de la profession de juriste d’entreprise, selon les jeunes qui ont embrassé le métier, voire qui s’y destinent. En choisissant cette carrière, les diplômés avancent des arguments concrets : « Être juriste me semble plus propice à un épanouissement et à un équilibre entre vie professionnelle et personnelle, plutôt que le métier d’avocat », confie Amélie Postulka, diplômée en recherche d’emploi. Souvent, les jeunes juristes ont constaté lors de leurs études que la profession d’avocat était survalorisée, au détriment de celle de juriste. « Or, le juriste a une vraie utilité et légitimité en tant que facilitateur d’affaires », résume Justine Prévost, en poste dans le groupe Gemafi (bijouterie-joaillerie sous la marque Maty).
Pour décrocher son premier emploi, cette jeune femme dynamique, originaire de la région Centre et diplômée en DJCE (diplôme de juriste conseil en entreprise) à Bordeaux, n’a pas hésité à rejoindre Paris, avant de venir vivre à Besançon. « La mobilité est indispensable si l’on veut trouver un poste, elle ouvre des portes », commente Justine Prévost. Même mobilité chez Tristan Carayon, parisien qui a rejoint le Tarn et le laboratoire Pierre Fabre il y a 4 ans. Ou encore chez Pierre Leguy, qui a quitté la Bretagne pour faire ses études à Poitiers avant de se déplacer à Paris pour être stagiaire chez Google France, puis juriste au sein du groupe AccorHotels.
Lorsqu’ils cherchent un poste, les juristes accordent de l’importance au profil de l’entreprise et à son secteur économique. « La dimension internationale du groupe Pierre Fabre et la diversité de l’activité m’ont convaincus », témoigne Tristan Carayon, juriste d’affaires au pôle international du groupe, dans l’entité dermo-cosmétique. Pour Pauline Canou, en poste à Lille dans le groupe Maurizi (fermetures et portails) : « Il s’agit d’un critère important. Indéniablement, les grandes entreprises industrielles sont attirantes. Mais au-delà, ce sont les missions confiées qui donnent de l’intérêt au poste ». Ainsi, Justine Prévost apprécie les questions de droit à l’image, le lien avec le marketing et la formation des opérationnels qu’implique sa fonction.
Pierre Leguy témoigne quant à lui : « Je suis spécialisé en propriété intellectuelle et en nouvelles technologies, et j’apprécie de toucher, dans le cadre de mon poste, à des sujets aussi variés que le e-commerce, la protection des données personnelles ou la propriété intellectuelle à l’échelle internationale ». Le contentieux a la réputation de plaire aux juristes, ce que ne dément pas Amélie Postulka : « Dans l’idéal, j’aimerais trouver un poste où je serais amenée à gérer des litiges, à mettre en place des protocoles d’accord, par exemple ».
Pour cette génération de jeunes professionnels, l’ambiance de travail compte beaucoup. « L’entreprise présente l’avantage, comparée à un cabinet d’avocats, d’être un milieu moins formel, où l’on peut plus aisément faire valoir son point de vue en tant que nouveau venu », estime Pierre Leguy. L’ambiance prime d’ailleurs souvent sur la rémunération, chez les juristes interrogés. Même si celle-ci a une importance essentielle. « Outre le salaire, il est juste de rémunérer les juristes avec des primes au résultat, estime Tristan Carayon. Ces primes existent chez les commerciaux et dans d’autres services, les octroyer permet de reconnaître la valeur ajoutée de la fonction juridique ».
Sans surprise, lorsqu’on interroge les jeunes sur la fonction juridique dans l’idéal, ils citent tous un schéma à l’américaine, où le droit serait vécu comme un pilier de l’entreprise, voire comme un tremplin vers la direction générale. Enfin, dans leur évolution de carrière, les juristes interrogés n’excluent rien. « Je ne pense pas exercer un autre métier du domaine du droit, en revanche, pourquoi pas rejoindre un autre service dans l’entreprise », estime Tristan Carayon, qui s’est fixé comme but d’avancer en changeant de poste tous les 3-4 ans. Pour Justine Prévost : « Certaines fonctions ont des affinités naturelles avec le droit, comme les relations publiques, la communication ».
Synthèse, écriture, vulgarisation : ce sont effectivement des points communs entre la communication et le droit, qui peuvent devenir des passerelles. Quel que soit leur avenir, les jeunes professionnels reconnaissent que toute évolution nécessite une formation, et qu’au-delà du droit, il est très utile de posséder des compétences en commerce, en finance ou en marketing, afin de mieux cerner le fonctionnement de l’entreprise. Et de pouvoir évoluer.