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Peut-on encore faire carrière au sein d’une entreprise lorsqu’on est juriste ?

Dans la lignée de notre mini-série dédiée à la carrière des juristes juniors et séniors, des directeurs juridiques nous livrent les profils voués à évoluer au sein de leur entreprise.

« La réponse est sans aucun doute oui ! », rétorque Philippe Andrau, directeur juridique du groupe Suez Environnement, lors du panel sur les carrières des directions juridique, organisé à l'occasion du sommet du management du droit qui s'est tenu jeudi dernier. L’évolution verticale est possible au sein de la direction juridique. Et c’est l’expertise qui sera avant tout valorisée selon lui. Il faut, en quelque sorte, devenir incollable dans l’une des disciplines juridiques nécessaire à l’entreprise dans laquelle on souhaite faire ses classes.

Juristes ouverts au monde (juridique) extérieur

Ouvrir ses horizons peut également payer. Prendre le risque de s’aventurer à l’international pèse dans la balance. A la Société Générale, « une politique de mobilisation assez agressive » a été mise en place, indique Dominique Bourrinet, directeur juridique du groupe. Qui estime, par ailleurs, que chez lui « la mobilisation interne est très forte ». L’entreprise « prend le risque » d’envoyer des juristes français dans des pays dont ils ne connaissent pas le droit, comme à Singapour ou à Hong Kong. Puis, une rotation est organisée tous les 3 ans. Mais l’expatriation n’est pas possible dans tous les pays. Au Japon, par exemple, les autorités de régulation ne sont pas enclines à travailler avec des juristes étrangers, explique Dominique Bourrinet. Aux États-Unis également le juriste français a du mal à s’intégrer.

Mais attention à l’atterrissage, prévient Dominique Bourrinet. La gestion des profils longtemps restés à l’international s’avère parfois difficile. « Revenir au siège à un poste avec moins d’autonomie » peut entraîner un certain déclin d'intérêt dans sa fonction pour celui habitué à des évolutions de postes au challenge important, décrypte-t-il. Néanmoins, ouvrir la possibilité de parcours à l’international « c’est un outil de mobilisation et de fidélisation » des juristes, estime Philippe Andrau.

 « Bichonnés » par leur direction

Car les directeurs juridiques cherchent aussi à conserver leurs talents. A les motiver pour qu’ils souhaitent rester au sein de leurs équipes. Philippe Andrau porte un œil attentif aux salaires de son équipe et en discute avec la DRH : « Le juriste doit être considéré dans les plans de rémunération ». Du coté de la Société Générale un « dispositif d’intégration et d’accueil très bien balisé » est déployé, précise Dominique Bourrinet. Des « formations individualisées » sont offertes tout au long de la carrière, précise-t-il. Le télétravail est également favorisé.

Un saut dans le grand bain ?

Quitter le pré carré des juristes pour tenter une expérience dans une autre direction de l’entreprise ? « C’est plutôt rare », d’après Philippe Andrau. La fonction du juriste est atypique. (…) Il est considéré comme un expert, circonstancié à sa tache », analyse-t-il. Mais certains rejoignent les achats ou le M&A, par exemple, après avoir été très impliqués dans un projet commun à ces fonctions. « Le risque, cependant, est que le juriste reste juriste », estime Dominique Bourrinet. Or, « il atterrit dans un monde différent où les compétences juridiques sont accessoires », poursuit-il. Il faut donc « éviter les malentendus » en amont, et qu’il ait conscience de l’implication d’un changement de poste. Même si Dominique Bourrinet se dit favorable aux passerelles vers l’extérieur, car finalement cela reste « un atout formidable pour diffuser la culture juridique » dans toute l’entreprise…

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