[Les congés payés ont 90 ans] Comment le CSE central de Veolia Eau a repris en direct la gestion de ses colonies de vacances

Nous poursuivons notre série d'articles sur les 90 ans des premiers congés payés. Après l'évocation de la révolution juridique et sociale que fut l'instauration en 1936 d'un temps libre pour les salariés, après le constat d'une stagnation du taux de départ en vacances des Français du fait de l'inflation des prix du tourisme, après la description de l'action d'un CSE et d'une association en matière d'accès aux vacances, nous nous intéressons à la gestion des activités culturelles et sociales conduite par le comité social et économique central de Veolia Eau, une entreprise qui compte 14 000 salariés en France, avec l'interview de Benoit Engel, le directeur du CSEC et le regard de Danielle Martin, secrétaire du CSE de Veolia Eau de la Région Est et secrétaire adjointe en charge des ASC et du personnel au CSEC.
J'étais responsable d'animation. J'ai été recruté en 2004 comme salarié par le CSE central de Veolia Eau pour mettre en place ce que les élus avaient décidé, à l'initiative de Didier Ristori qui était alors secrétaire du CCE Générale des Eaux, c'est-à-dire la reprise en direct par le comité de toutes les colonies de vacances. A l'époque, certaines choses ne se passaient pas bien avec des prestataires marchands, notamment au sujet de la communication avec les parents, et le comité voulait reprendre la main. Je suis devenu ensuite le directeur du CSE central. Veolia Eau, ce sont 14 000 salariés, mais nous organisons des colonies de vacances pour 20 000 salariés au total, car nous faisons profiter de notre expertise une vingtaine de CSE qui sont historiquement liés à Veolia (des CSE de régies d'eau, le CSE de Transdev, par exemple).
Oui, depuis l'été 2005, nous n'avons plus aucun prestataire sur cette activité, nous faisons tout de A à Z. C'est à la fois pour une question de coûts, afin de proposer des choses moins chères aux salariés, et c'est aussi une question de contenu, car nous voulions développer un projet éducatif pour les jeunes. A côté de cela, nous proposons aussi des vacances familiales pour les salariés, mais pour cela nous ne sommes pas organisateur, nous faisons appel à des prestataires extérieurs marchands (Pierre et vacances, par ex.) et associatifs (TLC Vacances, par ex.) et nous négocions des prix plus intéressants que ce que les salariés pourraient trouver eux-mêmes. Enfin, nous avons aussi une activité sportive avec une rencontre organisée tous les deux ans, directement par le CSEC, lors d'un week-end où 300 salariés de Veolia Eau de toute la France se retrouvent.
Le CSEC a 12 salariés permanentes dont 4 salariés, moi-compris, qui organisent les colos.


Mais nous faisons travailler jusqu'à 200 salariés extérieurs. Car nous gérons aussi du patrimoine. Nous sommes propriétaires d'un camping dans le Lot à Saint-Sozy, avec 200 lits sous toile et 20 hectares de terrain, nous avons aussi un gîte au même endroit d'environ 15 couchages, et nous avons acheté en 2017 un bâtiment en Haute-Savoie, à Thollon-les-Mémises, juste au-dessus d'Evian.
En effet, nous devons être l'un des rares CSE qui a acheté du patrimoine ces dernières années. Le patrimoine, cela coûte cher, on le sait, mais cela nous permet d'y organiser des colos hiver comme été, d'y prévoir des séjours adultes, des séminaires, etc. Et d'y faire de l'inclusion pour des personnes en situation de handicap, puisque le centre est 100 % accessible.
L'idée, c'est qu'en organisant un départ en colo à partir de 6 ans pour un enfant, celui-ci sera, à 18 ans, capable de prendre un sac à dos et de pouvoir voyager là où il veut, en gérant son budget. Notre boulot, c'est d'apprendre toutes les ficelles de l'autonomie aux jeunes, avec les valeurs de respect, de solidarité, etc.
Pas chez nous ! Dans le Lot, les jeunes viennent chercher les plats, ils mettent la table, ils débarrassent, etc. Les jeunes de 6 à 17 ans sont peu à peu habitués à s'organiser, avec des groupes de 20 à 30 jeunes pour 3 adultes encadrants. De 6 à 10 ans, ils peuvent commencer à faire des mini-camps.


De 10 à 13 ans, on les envoie à Saint-Sozy où ils partent 2 à 3 jours en canoë, à vélo ou à cheval, ils commencent à gérer leur budget. Nous proposons aux 13-15 ans des séjours semi-itinérants plus longs, par exemple en Corse. Puis à partir de 15 ans, nous avons des séjours itinérants en Europe (Sardaigne, Cyclades, etc.), et à 17 ans des séjours au Brésil ou en Thaïlande.


Au fur et à mesure, ils apprennent à gérer, leur autonomie se développe. Ils peuvent faire quelques restos, mais à eux de se débrouiller, ce qui signifie préparer des pique-niques, se faire à manger, discuter, s'embrouiller et se mettre d'accord sur des choix d'utilisation du budget. Chaque année, nous faisons partir 1 400 à 1 500 enfants de 6 à 17 ans, avec une vingtaine de séjours, mais cela reste en quelque sorte des colos familiales.
Nous appliquons un quotient familial avec 5 tranches. La part subventionnée par le CSE va de 45 % pour les plus hauts salaires à 78 % pour les plus bas. Nous avons donc des jeunes qui partent pour 100 à 120€ pour 10 jours de vacances, et autour de 400€ à 1 000€ maxi pour 20 jours en Europe, là où un prestataire marchand fera payer au moins 600 à 700€ de plus. Et pour une raison d'équité, nous ne faisons pas payer aux familles les pré-acheminements, depuis leur domicile jusqu'à Toulouse et Paris par exemple pour le départ des colos, c'est pris en charge sur le budget du CSEC. Le CSE central prend aussi en charge, sur sa dotation, l'organisation et les frais de siège (les rémunérations des salariés, les frais de patrimoine, notamment). Mais la subvention du salarié est prise en charge par les CSE régionaux qui disposent d'un budget équivalent par ayant-droit, et non pas d'une dotation différente selon leur masse salariale. Après, chaque CSE peut décider de règles différentes, comme par exemple le fait pour un même enfant de ne partir qu'une fois en colo.
Notre système permet, je l'ai dit, de moindres coûts pour les familles, mais il favorise aussi la confiance. Ce sont les élus CSE dans chaque région qui assurent le pré-acheminement des enfants sur leur temps de mandat. Ce sont les collègues des parents, donc ça les rassure. Les parents savent aussi qu'ils peuvent nous joindre, moi et mon équipe nous nous relayons en astreinte pour rester joignables. Ils savent aussi que le responsable de la colo avec lequel partent leurs enfants, c'est nous qui l'avons recruté.
C'est très important de rappeler cette histoire et cet acquis social. C'est très important de le faire vivre en permettant aux enfants et aux jeunes de partir en vacances, de se rencontrer, de partager des discussions, de devenir des acteurs.


Aujourd'hui, ce n'est pas toujours facile de dire à un gamin "pose ton téléphone, on fait une veillée collective", mais on y arrive ! L'Etat doit prendre en compte l'importance de ces actions sociales. Aujourd'hui, sans les CSE, de nombreux salariés ne partiraient pas en vacances et ne pourraient pas envoyer leurs enfants en colo, y compris chez Veolia.
J'entends ici ou là que la fréquentation des colos baisse mais chez nous, après le coup dur du Covid, on a bien redressé la barre, nous avons dépassé les chiffres d'avant la crise sanitaire, et aujourd'hui nous sommes stables. J'ajoute que nous faisons aussi travailler les artisans locaux. A Saint-Sozy dans le Lot, c'est Bruno, le boucher du village, qui nous fournit. Et puis, si on abandonnait tout et si on divisait le budget alloué aux ASC par le nombre de salariés, nous obtiendrions un chiffre ridicule, alors qu'il est démultiplié par l'organisation interne et qu'il permet donc à des parents de profiter de vacances à coût réduit. Mais c'est vrai que pour un CSE de 50 ou 100 salariés (*), ce n'est pas évident d'agir faute de moyens, il n'y a pas de recette magique, il manque quelque chose pour eux, et ce n'est pas en achetant des serviettes ou des goodies sur un salon CSE que ça va changer quelque chose.
(*) A ce sujet, lire l'encadré de notre article du 15 juillet 2026. Sur la question d'un partage des pratiques et d'une réflexion sur les départs en vacances et sur la gestion des ASC, un collectif de CSE est en train d'être constitué à l'initiative de plusieurs CSE qui ont associé l'Unat, et son délégué général Lilian Nobilet. Ce collectif devrait comprendre les CSE de Michelin, Veolia Eau, Banque de France, Air France, la CCAS, etc. Voir aussi l'action de réseaux solidaires comme l'Ancav, une association liée à la CGT, ou comme Cezam, historiquement proche de la CFDT.
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3 questions à Danielle Martin,
secrétaire du CSE de Veolia Eau de la Région Est, et secrétaire adjointe en charge des ASC et du personnel au CSEC
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Le taux de départ en vacances des Français a tendance à stagner, comment l’expliquez-vous ? Cela est -il aussi vrai chez les salariés de Veolia ? "Nous expliquons la stagnation du taux de départ en vacances principalement par l'inflation et la baisse du pouvoir d'achat. Sans subvention, les salariés renoncent à leurs vacances. Chez Veolia, les CSE régionaux subventionnent une partie des séjours, et nous constatons au contraire une hausse des inscriptions au fil des années. Les salariés se tournent de plus en plus vers les séjours familles proposés par le CSEC, qui répondent à une demande réelle et croissante en redevenant accessibles. Malheureusement, cela implique aussi que seuls les salariés d'entreprises dotées de CSE actifs bénéficient de cette aide. Comment définirez-vous l’approche des ASC par le CSE central ? L’approche des ASC par le CSE central repose sur la solidarité entre tous les CSE de Veolia Eau France. Le CSEC maintient une solidarité inter-CSE volontaire et assumée, qui garantit l'égalité d'accès aux vacances pour tous les enfants des salariés, indépendamment de leur localisation géographique ou de leur situation financière (via le quotient familial). C'est un choix politique fort qui reflète les valeurs du syndicat CGT, majoritaire dans la gestion des ASC du CSEC. Pourquoi avez-vous choisi de gérer en direct les colonies de vacances plutôt que de passer par des prestataires, ce que vous faites pour les autres séjours si j’ai bien compris ? Nous gérons nos colonies de vacances en direct afin de garantir la qualité pédagogique, de maîtriser les coûts et d'éviter les imprévus liés aux prestataires extérieurs. Les salariés du CSEC disposent de toutes les compétences nécessaires pour organiser ce type de séjour de A à Z. Ainsi, ces séjours sont entièrement pensés et mis en œuvre par le CSEC — du recrutement des animateurs jusqu'au déroulement du séjour — pour les salariés de Veolia Eau France. De plus, les pré-acheminements sont assurés par les élus de toutes les régions, ce qui permet de rassurer pleinement les parents". |