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Jusqu’où spécialiser vos collaborateurs ?

Recruter des profils spécialisés permet à l’équipe d’être directement opérationnelle. Mais pour des questions de souplesse et de diversification des tâches, les directeurs juridiques adoptent aussi la polyvalence.

Des comptables dans un service juridique ? Et pourquoi pas ! Chez Leaseplan, loueur de véhicules longue durée, la direction juridique se compose de six personnes, dont deux sont directement issues de la comptabilité et du recouvrement. « Notre service se scinde en deux, avec d’une part le droit des affaires, et d’autre part le contentieux », explique Fabienne Klein, directrice juridique de Leaseplan. Au moment de recruter pour le contentieux, il nous a paru intéressant d’accueillir des personnes de l’interne, rompues au contentieux, aux relances et au recouvrement, qui bénéficient d’une pratique directement opérationnelle et qui de plus, connaissent l’entreprise ». Un choix à la fois audacieux et pragmatique, puisqu’un juriste spécialisé dans le contentieux travaille parmi les non-juristes. Par ailleurs, le pôle droit des affaires du loueur se compose exclusivement de juristes spécialistes.

« Il y a un vrai bénéfice à accueillir des personnes issues d’autres services », commente Fabienne Klein. « Cela apporte une vision et des pratiques neuves, chacun apprend de l’autre car au final, le juridique et la comptabilité sont des domaines complémentaires. Il y a un vrai échange entre la culture du droit et celle de la négociation et du relationnel clients ».

Dans de nombreux cas cependant, le service juridique se construit autour de juristes, plus ou moins experts dans un domaine.

La spécialisation gage d’expertise

Chez CBRE, spécialiste de l’immobilier d’entreprise, la spécialisation est la règle. « Notre équipe comprend sept juristes, dont trois se consacrent au droit de l’immobilier, un au droit des assurances, un au droit des sociétés », détaille Tanguy Queinnec, directeur juridique de CBRE. « Enfin, il y a deux juristes généralistes qui se sont orientés sur les questions générales de droit, et sur la compliance ». Dans l’équipe de Tanguy Queinnec, chacun est donc spécialiste dans un domaine complémentaire de celui de son collègue. Ce qui suppose une formation initiale en droit de l’immobilier, un parcours et un diplôme spécifiques.

« Le droit de l’immobilier est un sujet très vaste pour lequel nous avons besoin de véritables experts », explique le directeur juridique. « Car nous couvrons aussi bien les questions de gestion immobilière, de transactions telles que la vente ou la location, que la réalisation de travaux ou encore l’assistance à maîtrise d’ouvrage ». On l’aura compris, la spécialisation est un gage d’expertise et d’efficacité dans les dossiers.

Cependant, les managers juridiques évitent d’« enfermer » leurs collaborateurs dans des carcans rigides. « Globalement, les juristes immobilier consacrent 70 % de leur temps à leur cœur de métier, tandis que ceux dédiés au droit des affaires et à l’assurance y consacrent environ 50 % », estime Tanguy Queinnec.

Même son de cloche chez Leaseplan : « 70 % du travail des juristes d’affaires concerne leur matière principale, et 30 % les sujets annexes », explique Fabienne Klein.

Chez Microsoft France : même principe de spécialisation avec ouverture : « L’équipe se compose de dix juristes et de responsables des affaires publiques ayant chacun une spécialité, comme par exemple le droit de la concurrence ou les contrats, mais qui travaillent en mode collaboratif. Il y a un réel partage des compétences et des talents au service du business », indique Marc Mossé, directeur juridique de Microsoft France.

Le juridique comme tremplin ?

L’ouverture des juristes passe également par la formation, qu’elle concerne l’approfondissement d’un sujet ou un domaine annexe. Et la formation peut venir directement de l’interne : « Nos juristes dispensent régulièrement des formations aux opérationnels, et il n’est pas rare qu’un juriste étranger au domaine et qui souhaite approfondir ses connaissances se mêle à l’auditoire », indique Tanguy Queinnec.

Parfaire ses connaissances dans d’autres domaines, multiplier les compétences : tout ceci est du ressort des juristes nouvelle génération, sous certaines conditions. « Il faut une vraie motivation pour s’intéresser à un autre domaine », relève Fabienne Klein.

Par ailleurs, les juristes ne souhaitent pas délaisser leur cœur de métier. Enfin, quant à changer radicalement et quitter le juridique pour un poste à responsabilité dans un autre service… L’idée fait son chemin : « Le service juridique peut devenir un tremplin pour tout poste dans l’entreprise », estime Alexandre Menais, directeur juridique de la SSII Atos.

Olga Stancevic
Ecrit par
Olga Stancevic
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