[Vidéo] Una et Nexem s'associent pour créer des passerelles entre domicile et établissement
"Nous parlons de décloisonnement depuis des années, il faut arrêter d'en parler, maintenant il faut faire", argumente Stéphane Racz devant les journalistes. Son organisation, Nexem, et l'Union nationale de l'aide, des soins et des services aux domiciles (Una) ont en effet conclu le 1er janvier 2018 un "partenariat opérationnel" pour valoriser les synergies et renforcer les coopérations. Lors d'une conférence de presse, organisée à Paris le 14 février, les dirigeants de ces deux fédérations gestionnaires - Stéphane Racz, Guy Hagège (respectivement directeur général et président de Nexem), Nicole Streignart et Guillaume Quercy (directrice générale et président de l’Una) ont levé un coin du voile sur les enjeux de cette alliance.
Tous mettent en avant un contexte politique et sociétal propice au changement. "Avec la démarche 'réponse accompagnée pour tous', on ne parle plus de places mais de solutions, c'est un changement de paradigme, il faut s'inscrire là-dedans", expose Guy Hagège, le président de Nexem. "D'un côté, développe-t-il, il y a ces initiatives lancées au niveau politique et institutionnel pour opérer une transformation de l'offre médico-sociale (récent séminaire de la CNSA, interventions de Sophie Cluzel, révision des nomenclatures, tarification Serafin-PH, circulaire de mai 2017, réponse accompagnée pour tous, etc.)... donc, une démarche politique qui nous incite à nous remettre en question. De l'autre, il y a nos organisations, encore structurées en fonction du secteur dont elles ont la charge alors qu'elles auraient besoin de travailler ensemble pour développer des complémentarités".
Pour Guillaume Quercy, "il existe deux postures possibles, un repli sur sa zone de confort ou une attitude plus volontariste pour trouver des solutions". Il veut croire à la seconde. Exit les discours lénifiants sur la coopération, place à l'action ! "Des fenêtres s'ouvrent, la transformation de l'offre impose de créer des passerelles entre le domicile et l'établissement", enchaîne le président de l’Una, exemple à l'appui : "des personnes avec un handicap moteur autrefois accueillies en établissement se retrouvent aujourd'hui dans un domicile ordinaire. Il faut apporter une hybridation des réponses et s'ouvrir au virage inclusif et ambulatoire, trouver un écosystème pertinent".
Les dirigeants de ces deux fédérations, qui représentent, à elle deux, plus de 13 000 établissements et services à caractère social, médico-social, sanitaire, assurent que ce partenariat national reproduit ce qui s'observe déjà sur le terrain : "De plus en plus de nos adhérents "établissements" vont vers le "domicile" et inversement", rapporte ainsi Stéphane Racz (Nexem), qui observe une "porosité grandissante" entre les structures. Quand ce ne sont pas les financeurs qui, devant la difficulté à créer de nouvelles places, incitent les structures à opter pour un agrément de type "Sessad".
| Dans les vidéos ci-dessous, Guy Hagège et Guillaume Quercy détaillent les raisons qui ont présidé au partenariat Nexem-Una |
Même appréciation chez Guillaume Quercy (Una) : "Dans la branche de l'aide à domicile, nous avons un dialogue social riche. L'USB [union syndicale de la branche] est un outil performant, et nous avons déjà une CCU qui n'a que sept ans. C'est une branche structurée et il n'est pas question de remettre en cause cela mais seulement de créer des espaces dans lesquels nous allons pouvoir dialoguer. Nous sommes dans un monde qui change, avec beaucoup d'incertitudes, il faut donc créer des lieux d'échanges, alimenter les réflexions".
En résumé, à ce stade il n'est donc pas question d'envisager une quelconque fusion ou un alignement des salaires et des grilles conventionnelles mais plutôt de réfléchir aux moyens de favoriser la mobilité des salariés. Une manière aussi de redynamiser l'attractivité du secteur. "En Ile-de-France par exemple, indique Guillaume Quercy, il y a des travaux entre les deux branches pour permettre des formations et des stages communs entre les structures, mieux connaître les métiers de l'autre. Ces initiatives ouvrent aux salariés des perspectives nouvelles sur les questions de formation et de reconnaissance de l'expérience", estime-t-il.
Les résultats des travaux issus du partenariat Nexem-Una seront soumis aux partenaires sociaux pour la négociation collective, ainsi qu'aux pouvoirs publics.
Guillaume Quercy analyse l'impact sur les champs conventionnels :
Finalement, il n'est pas surprenant que ces deux acteurs soient à l'initiative d'un tel partenariat, chacun dans son champ ayant déjà tenté de susciter des alliances et d'aller plus loin dans la structuration de leur champ respectif (faut-il d'ailleurs rappeler que Nexem est issu de la fusion entre la Fegapei et le Syneas) [1].
Ce début de compagnonnage annonce-t-il une ouverture aux autres acteurs des deux branches (Fehap, Croix-Rouge, Unicancer, Adessadomicile, ADMR, Fnaafp-CSF) ?
"Nous faisons le pari de l'intelligence collective plutôt que celui des tactiques d'organisation, a fortiori dans le secteur du domicile qui est sinistré, et où on est au pied du mur. On ne se ferme pas de portes a priori, on verra en cheminant", répond Guillaume Quercy, qui rappelle que "depuis deux ans, l'Una a beaucoup plaidé pour mettre en place des passerelles". "Je suis ravi d'avoir trouvé Nexem. On verra ce que cela suscitera chez d'autres", déclare ainsi le président de l'Una.
"Nous sommes dans une dynamique entraînante au profit d'un collectif, tant mieux si cela permet d'engager les autres", abonde Stéphane Racz (Nexem). Mais en tout cas, "ce n'est pas une finalité en soi que de rechercher d'abord un partenariat", conclut le président Guy Hagège.
[1] Voir en ce sens les interviews à tsa de Francis Contis (2015) pour l'Una et de Guy Hagège (2014) pour la Fegapei.