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Rémunération des juristes d’entreprise : quelles tendances en 2025 ?

L’enquête rémunération des juristes d’entreprises, responsables juridiques et directeurs juridiques est sortie. Menée par l’AFJE et le Cercle Montesquieu, en partenariat avec Atorus Executive et Lamy Liaisons, elle révèle des grandes tendances qui ont été présentées hier lors d’une conférence à Paris. On y était.

L'enquête rémunération 2025 réalisée auprès des membres des deux grandes associations de juristes d’entreprise et directeurs juridiques, l’AFJE et le Cercle Montesquieu, est « un état des lieux précieux pour la profession », rappelle Laetitia Guibout, directrice juridique et conformité de SNCF Gares et Connexions et administratrice du Cercle Montesquieu. Elle est basée sur un questionnaire auquel ont répondu 1 000 juristes, responsables et directeurs juridiques. 

Une augmentation de salaire annuel fixe de 6,5 % pour le juriste d’entreprise 

Si la fonction juridique reste moins bien payée dans l’entreprise que les autres fonctions présentes au COMEX de façon générale, les salaires augmentent pour les trois professions qui la composent. Un juriste d’entreprise avec 6 ans d’expérience en moyenne gagne 53 921 euros brut salaire, un responsable juridique 71 875 euros et un directeur juridique 130 329 euros, soit des augmentations respectives de 6,5 %, 2,5 % et 1,5 %. 

64 % des juristes d’entreprises ont été augmentés en 2024, soit 3 % de plus que l’année précédente. Ce chiffre monte à 71 % pour les responsables juridiques et à 72,5 % pour les DJ avec 3,5 % de plus de ces profils concernés. 

Dans la rémunération, la part variable occupe une place de plus en plus importante. 62 % des juristes ont une part variable : de 0,1 à 5% pour un peu plus d’un quart d’entre eux et de 5,1 à 10 % pour 22 %. Ces chiffres sont sans surprise plus importants pour les responsables juridiques qui sont 72,5 % à disposer d’une part variable : 19 % en ont une allant de 0,1 à 5 % et 27 % de 5,1 à 10 %. Le directeur juridique quant à lui a une partie variable de plus en plus croissante. 83,5 % en ont avoir une : 17 % ont une part variable de 5,1 % à 10 %, 18,5 % de 10,1 à 15 % et 17 % en ont une de 20,1 % à 30 %. 

« Le secteur d’activité est clé» 

Parmi les premiers facteurs qui font grimper la rémunération pour les 3 professions, « le secteur d’activité est clé » indique Marie Hombrouck, fondatrice d’Atorus Executive. Vient ensuite la taille de l’équipe managée, de l’entreprise et son CA, s’il s’agit d’une société cotée, du CAC 40, le lieu d’exercice de la fonction : l’Ile de France et le Certificat d’aptitude à la profession d’avocat (CAPA). Mais ce dernier facteur ne semble plus faire l’unanimité. Avoir le CAPA peut avoir un impact en début de carrière mais « quand vous montez en compétence, ce n’est plus ce qu’on va regarder », précise Marie Hombrouck. Un avis partagé par Besma Boumaza, directrice juridique et compliance du groupe Accor et vice-présidente de l’AFJE. Plus que le CAPA, c’est l’expérience dans tel ou tel cabinet qui peut faire la différence. 

Dans le domaine immobilier, un juriste d’entreprise gagne en moyenne 85 000 €, dans les transports 68 154 €, dans l’information et la communication 65 490 €, dans les activités financières et les assurances 65 125 €, dans le commerce, réparation automobile et motocycle 56 190 € etc.

La spécialité juridique est aussi un point pris en considération pour la rémunération. Et c’est aussi une des raisons pour lesquelles les juristes d’entreprise s’en sortent mieux par rapport aux autres professions et à l’utilisation de l’IA. Quand on parle d’expertise juridique ou de stratégie juridique, l’IA n’est pas au point. Et 37 % des juristes sont spécialisés, une tendance qui se confirme. Ce qui peut sembler paradoxal par rapport à celle de l’hybridation des compétences et des profils. Les directions juridiques veulent « des juristes de plus en plus performants, orientés résultats », explique la fondatrice d’Atorus Executive.  

La formation, levier d’évolution 

En fonction de la spécialité, la rémunération peut varier fortement. Un juriste droit immobilier gagne en moyenne 71 998 €, un juriste droit des contrats 52 223 €, compliance et social 49 924 €, droit de l’environnement et développement durable 40 000 €. Un décrochage net s’opère pour les juristes spécialisés en M&A avec 101 133 €, ce qui est « une incompréhension », poursuit-Marie Hombrouck. 

Et pour faire évoluer son salaire, le changement d’employeur n’est plus le levier le plus important, indique Besma Boumaza. S’il reste déterminant pour 23 % des répondants, c’est la formation qui prend la tête avec 26 %. 72 % des juristes, toutes fonctions pensent que la formation continue est un facteur d’évolution dans leur carrière. Parmi les formations, facteur d’augmentation, ils citent les formations juridiques pour 8,5 % d’entre eux, en management pour 7 %, pour développer ses soft skills pour 5,5 %, en finance pour 4,5 %. 

Pour les directeurs juridiques, le levier reste son rattachement au sein de l’entreprise. « Quand la direction juridique prend toute sa place dans l’entreprise, cette fonction est extrêmement reconnue. Il y a une véritable corrélation entre le rattachement et la rémunération des directeurs juridiques », explique Laetitia Guibout. Aujourd’hui, 65 % des DJ sont rattachés à la direction générale, 15 % à la direction administrative et financière et 9 % au secrétariat général. 1 sur 2 sont au Comex. 

Des chiffres qui témoignent d’un positionnement de plus en plus fort des DJ dans les entreprises. 

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Laurine Tavitian
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Laurine Tavitian