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"Les entreprises ont développé une culture juridique de plus en plus importante"

Audrey Déléris, consultante sénior chez Fed Légal
Comment les directions juridiques ont-elles recruté en 2014 ? Le point avec Audrey Déléris, consultante sénior du cabinet de recrutement Fed Légal, spécialisé dans les métiers du secteur juridique.

Fin janvier, le cabinet Fed Légal a présenté son premier baromètre annuel sur les motifs d'embauche concernant les métiers du droit. Décryptage de ses principaux enseignements.

En 2014, plus de la moitié des recrutements ont été réalisés sur la base de contrats permanents (CDI). Est-ce un bon signe ?

Oui, c’est le signe d'une bonne santé des directions juridiques ! Les contrats ont surtout été signés pour assurer des remplacements de personnel : sur l’année 2014, 60 % des motifs d’embauche sont dus au remplacement d’un juriste quittant sa direction. Or, par le passé, certains de nos clients nous ont avoués la difficulté qu’ils avaient eu à remplacer des départs. C’est arrivé plusieurs fois que l’on nous indique cela. Pourtant, les directeurs juridiques ont vraiment envie de maintenir à périmètre constant leurs équipes, voire de les développer. Notamment parce que les équipes des directions juridiques sont relativement restreintes. Ce signe est donc très positif !

Concernant les créations de postes, qu’indique le baromètre Fed Légal ?

Les créations de postes ont représenté 20,50 % des motifs d’embauche l’année dernière. Ce qui reste relativement faible. Ce pourcentage montre, cependant, que les directeurs juridiques ont réussi à prouver, au cours de l'année, l'importance de leur direction et qu’il y avait un besoin de compléter les équipes. Ce résultat démontre également que les directeurs juridiques ont voulu internaliser au maximum leur service. Ils souhaitent, d’une part, avoir des équipes plus spécialisées pour répondre, au mieux, aux attentes des opérationnels. Les créations de postes leur permettent ainsi d’acquérir de nouvelles compétences spécifiques en interne. D’autre part, ils réduisent ainsi leurs coûts en ayant moins recours aux cabinets d’avocats.

Le baromètre précise que l’intérim a été utilisé pour gérer les accroissements d’activité auxquels peut faire face la direction juridique. Quels sont les profils des intérimaires juridiques ?

Les directions juridiques font appel à notre cabinet pour qu'il recherche des intérimaires lorsqu’un dossier particulier doit être géré par la direction. L’intérim peut ainsi s’appliquer à des profils expérimentés. Par exemple, l’entreprise entreprend une acquisition importante ou conclut un contrat d'une certaine dimension. Sur une période définie, la direction juridique aura alors besoin d’accroître ses équipes en recrutant des profils spécialisés. Les équipes en place peuvent ainsi être étoffées pendant quelques mois.

Le recours à l’intérim peut également se faire dans le cas d’une mission particulière : d’un nouvel appel d’offres, par exemple, ou de la mise en place d’une « contrats-thèque » pour une petite direction juridique. Tous les cas de figure sont possibles selon la taille de la direction juridique. L'intérimaire sera affecté à une mission particulière et son recrutement sera ponctuel !

Les directions juridiques ne se tournent-elles pas vers les cabinets d’avocats ?

Certaines sociétés font encore appel à leurs prestataires habituels : les cabinets d’avocats peuvent alors proposer à l'entreprise de lui détacher un effectif. Cela se fait. Mais il est vrai que les avocats ne connaissent pas, nécessairement, les problématiques de l’entreprise. Recruter un juriste qui intervient pendant quelques mois sur un dossier, permet de bénéficier de quelqu’un qui connaît déjà le secteur de l’entreprise et ses process. Il sera ainsi opérationnel et aura un temps d’adaptation moindre qu’un avocat.

Y a-t-il eu un développement de la fonction du juriste d’entreprise ?

Il est vrai que la plupart des entreprises ont développé une culture juridique de plus en plus importante, et les juristes au sein de leurs équipes n’en sont que valorisés. D’où la nécessité d’obtenir un budget pour de nouveaux recrutements ou pour remplacer les absences, afin de maintenir les équipes à périmètre constant. C’est ce que démontre notre baromètre 2014.

Peut-on dégager les premières tendances de l’année 2015 ?

Cela reste très prometteur pour le premier trimestre. Le marché est assez dynamique en ce début d’année.

propos recueillis par Sophie Bridier
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propos recueillis par Sophie Bridier
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