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Paroles d'étudiants (11) : Delphine, dans le quotidien des familles

Après Tours, Cergy, Canteleu (Seine-Maritime), Créteil, Reims, Echirolles (Isère), Montrouge (Hauts-de-Seine), nous voilà à l'IRTS Parmentier, à Paris, pour rencontrer Delphine Weyneesch, en 2e année de formation de TISF. Cette jeune femme originaire du Sud de la France explique la valeur ajoutée de cette intervention au plus près des familles.



On l'avait croisée lors de la venue de Ségolène Neuville dans les locaux de l'IRTS Parmentier, quelques jours seulement après les attentats de novembre. Delphine Weyneesch avait pris la parole la première après l'introduction faite par la secrétaire d'Etat. S'exprimant au nom de sa promotion d'étudiants de Techniciens d'intervention sociale et familiale (TISF), elle avait expliqué qu'après le choc des attentats, il fallait "parler pour évacuer". Insistant sur le fait que les TISF travaillaient avec "des familles de cultures et de religions différentes", elle disait qu'il faudrait "être attentif à tout ce qui se passe".

Quelques années de réflexion

On la retrouve quelques jours plus tard dans ce haut-lieu de la formation au travail social, situé à quelques encablures du théâtre des massacres de ce funeste 13 novembre à Paris. La vie a, semble-t-il, repris son cours normal. Delphine a répondu présente pour parler de ce métier peu (re)connu de TISF. Chez elle, devenir TISF n'est pas un choix par défaut, mais l'aboutissement de quelques années de réflexions et de tâtonnements.

Envie d'être enseignante

C'est fou combien de travailleurs sociaux ont d'abord voulu être enseignant. Sans doute que ces deux univers professionnels ont en commun de vouloir faire grandir l'humain et de lui donner des outils (intellectuels et culturels) pour voler de ses propres ailes. Vivant à Cannes, Delphine se voyait bien, lors de ses années d'ado, professeur des écoles. Et puis, après le bac, elle a trouvé cela "compliqué", s'est embarqué dans des jobs de caissière. Arrivée à Narbonne, elle passe un CAP petite enfance. "En faisant des stages en crèche et en école maternelle, je me suis rendu compte que je ne pouvais pas être aussi proche des enfants que je le souhaitais", confie-t-elle.

Premières expériences

Comme tant d'autres étudiants, Delphine se dirige alors vers la fonction d'auxiliaire de vie scolaire (AVS). La première année, elle prend en charge un enfant autiste scolarisé en maternelle ; la seconde, un élève de CM2 souffrant de dyspraxie. De ce travail au plus près des gamins, elle dit simplement que cela "lui plaisait de transmettre des savoirs" et que dans des situations difficiles, il faut "être dans l'humour". Reste qu'elle est alors employée dans le cadre d'un emploi aidé (CUI-CAE) et qu'elle doit penser à son avenir professionnel.

Aller au domicile des gens

"A ce moment-là, j'hésite entre la formation de moniteur éducateur et celle de TISF", raconte-t-elle. Finalement, elle opte pour la seconde voie, et ce pour deux raisons. "Le côté diversifié du métier me plaisait et j'avais envie d'aller au domicile des personnes", dit-elle. Elle passe les concours en 2014 dans des écoles de Toulouse et de Paris, est admise dans les deux, choisit Paris pour vivre une nouvelle expérience (même si le soleil du Midi lui manque souvent).

"Faire avec les personnes"

Ses stages, dans le cadre de cette formation sur deux ans, la font atterrir d'abord dans un foyer d'hébergement pour jeunes majeurs qui n'employait jusque-là pas de TISF. Par rapport aux éducateurs spécialisés, que peut apporter un technicien d'intervention sociale et familiale ? "Il est là pour faire avec les personnes alors que l'éducateur a tendance à privilégier la recherche d'autonomie", explique-t-elle (voir également la vidéo).

Pour son second stage, elle se retrouve au foyer de Grenelle, près de la Tour Eiffel, qui accueille le jour des SDF : petits-déjeuners, orientation, domiciliation, etc. "J'y ai beaucoup appris en matière de démarches administratives et sur le plan humain, j'ai dû aller au-devant des gens. Les sans-domicile sont tellement isolés", souligne-t-elle.

"Nous ne voyons pas les mêmes choses"

Pour cette seconde année, Delphine a démarré son stage dans une structure plus classique pour les TISF : une association d'aide à domicile en Seine-et-Marne, là où elle réside (les loyers sont tellement chers dans la capitale). Cette structure intervient dans les familles, soit à la demande de la CAF (par exemple après une naissance), soit dans le cadre d'une mission de l'aide sociale de l'enfance (ASE). Dans ce dernier cadre, elle doit participer à des réunions de synthèse avec d'autres professionnels (éducateurs, assistants sociaux) pour rédiger un rapport. "En étant au domicile des familles, nous ne voyons pas les mêmes choses que les autres travailleurs sociaux qui les reçoivent dans leur bureau", précise-t-elle.

"Donner envie de faire des petits pas"

Quand on lui demande, avant de se quitter, ce qu'elle peut apporter aux familles en difficultés avec sa formation de TISF, Delphine dit simplement : "On est là au quotidien pour donner envie aux personnes de faire des petits pas."  

 



Retrouvez nos précédents portraits :

Le 9 octobre : Coralie, passion EJE (lire ici)

Le 16 octobre : Aurélien, un homme dans un "monde de femmes" (lire ici)

Le 23 octobre : Julien ou la passion pour les jeunes "cabossés" (lire ici)

Le 30 octobre : Emilie, l'AS qui voulait changer le monde (lire ici)

Le 6 novembre : Yoann, en Deis et en quête de sens (lire ici)

Le 13 novembre: Ophélie, le travail social sans tabou (lire ici)

Le 20 novembre : Céline, assistante sociale sur le tard (lire ici)

Le 27 novembre : Ornella ou le choix de l'ouverture (lire ici)

Le 4 décembre : Laurène, le social à fleur de peau (lire ici)

Le 11 décembre : Flore, un double cursus sinon rien (lire ici)



Prochain portrait : le 23 décembre, Stéphanie, en Caferuis à l'IFTS d'Echirolles.

 

Noël Bouttier
Ecrit par
Noël Bouttier