Pour ces étudiants en milieu ou fin de cycle, l’une des questions principales était de savoir quelle formation est adaptée à ce métier de juriste d’entreprise. L’université est-elle suffisante ou faut-il y préférer les écoles ? Passer le barreau est-il un atout ?

Pour Julien de Sousa, juriste au sein du groupe Areva, « en terme de sélection, la réalité aujourd’hui est celle des doubles cursus. Il n’est pas nécessaire de multiplier les formations mais il faut tout de même s’ouvrir à l’international ». « L’anglais n’est pas une langue étrangère. Elle est très importante dans l’évolution de carrière du juriste d’entreprise », enchérit Jessica Matoua, juriste du département des protections des marques du groupe LVMH.
Cependant, l’adaptation du juriste à la stratégie de l’entreprise, son intégration dans une équipe et surtout son réseau, feront la différence sur le long terme entre des candidats. « Vendez-vous avant même d’arriver sur le marché de l’emploi », encourage Anne-Laure Paulet, secrétaire général de l’AFJE.
Dans cet objectif, la formation en alternance peut être l’une des solutions afin d’acquérir de l’expérience le plus tôt possible. C’est en tout cas le choix que les 35 élèves du Master 2/MBA droit des affaires et de management-gestion ont fait sous la direction du professeur Antoine Gaudemet. Quelque soit la formation choisie, les stages restent une évidence et un critère de distinction entre deux candidats. « Il faut choisir dès le début, et dès ses premiers stages, le secteur d’activité dans lequel on souhaite évoluer par la suite », prévient Julien de Sousa. Un seul élément à retenir : tout parcours mène aux directions juridiques tant qu’il est cohérent et motivé.
Le futur juriste d’entreprise doit posséder ces trois qualités s’il souhaite évoluer rapidement. Ce dernier possède en effet plusieurs rôles, dépendant du métier en tant que tel, mais aussi et surtout de l’environnement dans lequel il exerce. Celui d’expert juridique capable de conduire un raisonnement juridique, mais aussi celui de conseiller stratégique. « Notre crédibilité, lorsque l’on s’adresse à un opérationnel, est d’abord celle d’être un juriste. Nous sommes donc amenés à toucher un grand nombre de domaines du droit », développe François Pinon, directeur juridique groupe et secrétaire du conseil d’Accor. « Un juriste d’entreprise ne peut pas se contenter d’envoyer une note en disant "voilà ce que le droit a décidé". Il a un rôle actif de conseiller et d’émetteur d’avis et de propositions », continue-t-il. Afin de mener à bien ces missions, le juriste se doit de créer un véritable lien de confiance avec les opérationnels, ce qui est l’une des difficultés du métier.

« Il y a encore une vrai pédagogie pour sensibiliser les opérationnels sur notre métier » confirme Nicolas Bodin, juriste du groupe TF1. Tout va dépendre de la vision juridique de l’entreprise. Dans les grands groupes, par exemple, c’est d’abord l’interaction entre les juristes qui est privilégiée, la structure de la direction juridique entraînant la spécialisation de ces membres. Contrairement aux PME où le juriste, souvent solitaire, sera au plus près de chaque opérationnel. Le juriste devient alors le point de liaison entre tous les départements. « Tout le travail du juriste réside dans sa capacité à être intégrer dans l’ensemble des projets de l’entreprise et d’être capable de trouver des solutions pour les réaliser », insiste Céline Guyot-Sionnest, legal counsel de Sonia Rykiel.
Aujourd’hui, le juriste est pleinement considéré comme une personne qu'il faut intégrer à la stratégie de l’entreprise afin qu’il anticipe tous les risques inhérents. « La perception du métier est globalement bonne au sein des entreprises. Cependant, le juriste d’entreprise n’a pas encore acquis le statut de l’avocat ou du notaire dans sa représentation sociale », tempère François Pinon.
Un statut social désormais dans les mains de ces futurs juristes qui, peut être, finiront par préférer l’entreprise aux cabinets d’avocats.