Le réseau social Entourage lance une plateforme pour faciliter les liens avec les SDF
Les doutes levés à l’apparition d’Entourage, en novembre 2014 – première application mobile destinée à connecter les habitants d’un quartier entre eux et avec les associations pour mener des actions de solidarité auprès des SDF – semblent désormais appartenir au passé. Forte de quelque 25 000 membres inscrits à son réseau social, l’association Entourage, fondée par Jean-Marc Potdevin, l’un des grands noms de la French Tech, vient de se doter d’un prolongement avec le lancement de la plateforme « Simple comme bonjour ». Développée avec l’aide de personnes à la rue dans le but de faciliter la démarche des riverains désireux de s’investir, « Simple comme bonjour » se présente comme un Mooc pratique et volontairement dédramatisant. « En essayant de promouvoir Entourage, nous avons très vite réalisé qu’au-delà d’une application qui permettait le passage à l’action, tout un travail de sensibilisation au monde de la rue restait nécessaire afin de lever les freins à la rencontre avec les personnes sans abri », explique Lucie de Clerck, directrice des opérations d’Entourage.
Vidéos, interviews, témoignages, expliquent l’univers de la rue, en abordant par exemple la problématique des mères sans-abri, la souffrance psychique ou les conséquences de l’exclusion. Des conseils sont prodigués par des SDF et des travailleurs sociaux pour engager et maintenir une conversation, comme « laisser la personne aller à son rythme sans la brusquer » ou « ne pas lui parler de sa situation. » Pragmatique, la plateforme vise aussi à sensibiliser les habitants aux limites de l’action citoyenne, en les prévenant de la possibilité d’un « échec » et en rappelant que leur rôle « n’est pas de prendre une personne en charge ». Enfin, un espace de questions-réponses complète le dispositif.
« Notre priorité est de faire comprendre que les personnes SDF souffrent avant tout du rejet ou de l’ignorance des passants et que, chacun, à son échelle, peut être acteur d’une société plus bienveillante envers les plus fragiles », indique Lucie de Clerck.
La création de « Simple comme bonjour » a été précédée par la publication, en mars dernier, d’un livret pédagogique papier mis à disposition des associations pour la formation des bénévoles. « Près de 10 000 exemplaires ont déjà été distribués », se félicite la directrice des opérations d’Entourage, qui voit dans cet accueil le signe encourageant d’une mobilisation de plus en plus forte des citoyens.
Impliqué dans l’élaboration du contenu de la plateforme, Alain Mercuel, psychiatre et responsable de l’équipe mobile Santé mentale et exclusion sociale (SMES) du centre hospitalier Sainte-Anne, à Paris, estime quant à lui que l’action des habitants peut compléter celle des soignants auprès des sans-abri souffrant de troubles psychiques. « L’important est de créer du lien durable, explique-t-il. C’est la répétition des rencontres qui va encourager la personne a, un jour, demander de l’aide, et c’est cette humanité, ce liant, qu’amène un riverain par rapport à d’autres acteurs, qu’ils soient professionnels ou bénévoles. »
Pour Perrine Boyer, fondatrice de l’association Le Filon, à Paris, gestionnaire d’un accueil de jour pour les femmes à la rue, l’invitation à l’engagement citoyen a aussi le mérite de remettre à l’heure les pendules de la rue. Un grand nombre d’acteurs parisiens, observe-t-elle, se focalise sur la couverture des besoins matériels primaires des femmes SDF, au point que, pour s’habiller, celles-ci disposent de 300 à 400 vestiaires dans la capitale. « Tous les jours, on me demande si j’ai besoin de vêtements, de provisions, etc., alors que nous en avons déjà beaucoup trop. Soyons attentifs, car la main qui donne est toujours au-dessus de la main qui reçoit. » Ce dont parlent ces femmes est d’une nature très différente, assure-t-elle. « Leur vraie problématique est celle de la dignité humaine. Ce qu’elles demandent, surtout après des années à la rue, c’est une oreille attentive et d’être traitée avec autant de dignité qu’une autre. C’est là où elles reprennent de leur valeur. »
Même si les nouveaux riverains prêts à franchir le pas sont renvoyés sur le réseau social Entourage, les concepteurs de la plateforme « Simple comme bonjour » espèrent qu’elle pourra être utilisée par d’autres organisations engagées dans la lutte contre la précarité et l’exclusion sociale. « Une quinzaine de vidéos ont été produites par Entourage, mais nous insistons auprès de toutes les associations travaillant sur la rue pour qu’elles s’emparent de la plateforme et l’enrichissent de leurs propres contenus », explique Claire Duizabo, responsable communauté d’Entourage. D’ores et déjà en préparation, une vidéo sur les familles Roms, réalisée en lien avec Évangéline Masson, spécialiste des Roms au Secours catholique de Paris, devrait venir prochainement démonter de nouveaux clichés.
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Urgence pour les sans-abri |
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Les statistiques le montrent : la présence des SDF dans nos rues s’est banalisée sans entraîner une réaction des pouvoirs publics. Entre 2001 et 2012, le nombre de SDF aurait augmenté en France de 50 %, pour atteindre 143 000 personnes, avec parmi elles 40 % de femmes et 30 000 enfants. Près du quart du public de la rue serait constitué d’anciens enfants placés à l’ASE et un tiers relèverait de la psychiatrie. |
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