Sans aller jusqu’à tourner un film d’animation sans parole comme Shaun le mouton, le dernier opus des studios Aardman (Wallace et Gromit), la vidéo entre dans les directions juridiques.
Le format dispose d’un pouvoir d’attraction sans pareil. Ses performances se vérifient chaque mois sur Internet. Ainsi, en février 2015, 10,6 millions d’internautes ont regardé au moins une vidéo sur ordinateur chaque jour, soit 44,3 % des internautes, selon l’audience vidéo sur Internet en France de Mediametrie. Un cinquième des internautes !
Ce qui est vrai pour le grand public, l’est tout autant en entreprise. La vidéo perce. Elle a déjà fait ses preuves dans plusieurs départements : communication interne, ressources humaines (formation), etc.
Pour Alain Curtet, responsable de la direction juridique Groupe MMA (secrétariat général Covéa), « la vidéo a vocation à devenir un nouveau média de communication au service de la direction juridique car elle permet de faire passer des messages de manière dynamique ». Avec deux objectifs : promouvoir la direction juridique en interne et réaliser des petits tutoriels.
Dans le premier cas, elle se substitue aux présentations PowerPoint. Moins statique, plus percutante, la vidéo s’avère être un bon outil pour « vendre » le droit ! « Le droit est partout, et paradoxalement il est peu partagé, la vidéo me semble un excellent moyen pour casser les codes et le rendre plus facilement accessible aux opérationnels », argumente Alain Curtet. En matière de tutoriels, elle présente l’avantage de pouvoir diffuser un message court (2 à 3 minutes) de manière ludique voire humoristique, en soutien de la note de synthèse, plus traditionnelle. L’un n’empêche pas l’autre. « En créant le désir, en aiguisant la curiosité, nous pouvons espérer que la vidéo encourage ses destinataires à solliciter la direction juridique pour obtenir des éclaircissements », parie Alain Curtet.
Conscient du pouvoir de persuasion de l’outil, ce responsable juridique a négocié une ligne budgétaire dédiée à la communication. « J’avais demandé une enveloppe pour tourner quatre films, j’en ai obtenu la moitié, mais cela va me permettre de prouver l’efficience du support », ajoute-t-il. Il projette, en effet, de faire réaliser des vidéos sur des sujets aussi difficiles que la loi informatique et libertés ou la lutte anti-blanchiment. « En matière de LAB/FT [lutte anti-blanchiment/financement du terrorisme, ndlr], nous devons former les collaborateurs sur ce thème ; nous avons déjà organisé une formation de 30 minutes en mode e-learning, mais ce format est long, rébarbatif, je ne suis pas persuadé de son efficacité, d’où l’idée de tourner une vidéo pour réconcilier les collaborateurs avec le sujet », témoigne Alain Curtet.
La protection des données personnelles a fait l’objet d’un film d’animation réalisé par Tulipes & Cie pour Aéroport de Paris. Une manière amusante de pousser le message en interne. « Le format graphique plaît car il est efficace et pédagogique, en adéquation avec les aspects techniques des informations à divulguer », explique Laure Cousin, productrice associée et fondatrice de Tulipes & Cie. Tout l’art consiste à tourner en dérision un scénario catastrophe pour sensibiliser le spectateur sans le culpabiliser. Chaque histoire est imaginée en fonction du cahier des charges et en étroite collaboration avec le porteur du projet.
Autre exemple, Tulipes & Cie a réalisé trois films en format court pour la direction de la conformité de Société Générale - sur des thèmes comme le manquement d’initié - afin de permettre aux nouvelles recrues de prendre connaissance des règles de déontologie et de la responsabilité qui incombe à chacun. « L’objectif était d’aller droit au but pour faire passer les informations essentielles à des salariés qui signent peut-être la charte de déontologie sans en retenir toutes les informations », commente Laure Cousin.
Le traitement graphique présente plusieurs avantages : il permet d’être synthétique et offre au public l’opportunité de se projeter plus facilement que devant une fiction, mettant en scène des comédiens. Il est aussi moins cher. Côté budget, il faut compter entre 8 000 et 16 0000 € HT pour la réalisation d’une vidéo selon la complexité de l’animation. Un tarif abordable. D’ailleurs depuis 2 ans, les demandes affluent.
Pour autant, la vidéo n’est pas encore entrée dans les mœurs des directions juridiques. « Le sujet de notre mémoire – Comment mieux promouvoir en interne la direction juridique par une communication ciblée et innovante – nous a offert l’opportunité de rencontrer plusieurs directeurs juridiques, il apparaît que des freins persistent », témoigne Véronique Penuela, directrice départementale affaires sociales Banque Populaire Loire et Lyonnais (Groupe BPCE), qui a mené l’étude avec trois collègues sur le sujet dans le cadre de la préparation d’un master en management à l’Essec.
La vidéo est certes perçue comme un bon outil, mais les réticences s’expriment essentiellement à deux niveaux : certains juristes sont peu enclins à utiliser l’outil et les équipes peu désireuses d’être filmées.
La preuve par l’exemple :
http://www.tulipes-cie.com/video/camionnette/