Organisée en partenariat avec le Cercle Montesquieu et l’Association française des juristes d’entreprise (AFJE), la soirée qui a eu lieu le 13 mars dernier à Paris était la deuxième rencontre « dédiée aux juristes syriens » organisée par Stéphane Lefer, managing partner du cabinet Oxygen+. Une soirée qui a démarré par un échange autour du thème de « l’intérêt général et la raison d’être des entreprises », avant de laisser la place aux témoignages de juristes français et syriens.
« Il existe de fortes attentes de la société à l’égard des acteurs économiques, qu’ils soient privés ou publics », et « beaucoup d’entreprises sont déjà engagées dans des activités sociales et sociétales, tout en continuant à jouer leur rôle d’opérateur économique », a déclaré le président de l’AFJE, Marc Mossé.
« Il me semble que les juristes prennent de plus en plus de place dans la prise en charge de la RSE - souvent rattachée à des sujets de compliance - et dans la prise en compte de l’intérêt général ».
D’autant plus que « il y a des risques associés à cette évolution - telles que les actions engagées par des associations et ONG - et cela met le juriste au premier plan pour les prévenir et les gérer ». C’est « une évolution lourde, souhaitable et bienvenue », a complété Marc Mossé, par ailleurs directeur des affaires publiques et juridiques de Microsoft Europe. « Dans une entreprise comme la nôtre, cela passe par des grands sujets mais aussi par de petites actions, telles que le fait de se rapprocher d’un certain nombre de juristes syriens… ».
« De petits gestes que chacun peut faire pour les accueillir, les aider à trouver un stage, un emploi », a souligné Stéphane Lefer, avant d’inviter des juristes syriens réfugiés en France à parler de cette violente fracture qu’a provoqué la guerre dans leur parcours de vie, personnelle et professionnelle.
Avocats et jeunes mariés, Rana Almarzafy et son conjoint ont dû abandonner tous les projets qu’ils commençaient à peine à construire ensemble pour rejoindre le Liban, puis Dubaï, puis l’Europe et la France, où il a fallu « tout recommencer ». Avocat à Alep, Jamal Ismaël est parti « avec rien », « sans même de chaussures aux pieds », après le bombardement d’un quartier populaire de la ville qui a duré plus d’un mois. Au Liban, « on nous a conseillé d’aller frapper à la porte de l’ambassade de France parce que c’était alors le seul pays qui accueillait des Syriens ».
La demande est acceptée 4 mois plus tard, « mais on nous a prévenu que ce serait très difficile de trouver du travail en France », a-t-il raconté. Obtenir le statut de réfugié est « un parcours administratif long et complexe » et « il est ensuite difficile de trouver du travail », a confirmé Tarek Haji Kasem :
« le temps d’acquérir la langue et un diplôme français, les juristes syriens se voient obligés de sacrifier plusieurs années avant de pouvoir s’insérer ». C’est ce qui explique que « l’on rencontre [en France] des juristes syriens qui cherchent un stage à 35 ans… ».
Plusieurs directeurs juridiques d’entreprises françaises ont pour leur part témoigné de parcours d’insertion réussie de juristes syriens recrutés par l’intermédiaire de Stéphane Lefer. Administratrice du Cercle Montesquieu et ancienne directrice juridique d’Adisseo, Nathalie Debeir a confié il y a quelques années l’introduction de son groupe à la bourse de Shanghai à Lubana Abdou, ancienne responsable juridique de la bourse de Damas, qui, après avoir mené à bien ce projet, « a développé ses compétences en contrats internationaux ». Elle poursuit désormais sa carrière au sein du groupe.
General counsel and company secretary d’Orange Middle East and Africa (MENA), Alban Lo Gatto a recruté, il y a plus de 3 ans Hani Almashnouk, l’un des deux juristes syriens que Stéphane Lefer lui a présentés. « Des juristes expérimentés qui venaient de Syriatel et maitrisaient parfaitement les problématiques télécoms ». Ensuite, « cela s’est très bien passé » et « Hani a depuis pris la responsabilité juridique de toute la zone MENA ».
Directrice juridique de la digital crimes unit de Microsoft EMEA, Héléna Pons-Charlet a participé à la précédente rencontre organisée par Stéphane Lefer alors qu’elle « ne cherchait personne ». Elle est « tombée amoureuse de ce projet ». « J’ai convaincu ma hiérarchie sans difficulté car ces juristes ont de réelles compétences », et « nous avons recruté deux personnes ». Majd Moubayed, spécialiste cybersécurité, données personnelles et Moyen Orient « a très bien intégré les contraintes de Microsoft ». Et Leen Toukatli a depuis « intégré la structure Middle East & Africa de Microsoft et travaille pour nous au Maroc ». « Je vous encourage à nous suivre sur ce projet », a-t-elle conclu en s’adressant aux juristes français présents dans l’assistance.