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[Grand angle] Formation des opérationnels : quand les directeurs juridiques sensibilisent au droit (2)

Dans ce second volet de notre dossier, nous nous intéressons aux formats adoptés par les directions juridiques pour capter et retenir l’attention des publics qu’ils sensibilisent au droit.

Faut-il détacher un juriste spécialisé qui va créer et animer une formation devant un groupe de collègues, ou faire venir un avocat extérieur ? Et comment vérifier si le public-cible a retenu les messages clés, et s’il va les utiliser ? Les juristes qui sensibilisent leurs collègues au droit pointent la nécessité d’adopter une forme attractive, parallèlement à un fond solide pour optimiser les séances de sensibilisation.

« Nous utilisons tous les vecteurs à disposition, explique Philippe Valendru, directeur juridique de l’équipementier industriel Daher. A la fois les compétences de l’équipe juridique interne, mais aussi l’intervention d’avocats spécialisés, notamment en droit des contrats et en procédures en vigueur aux États-Unis, un marché sur lequel nous sommes actifs. Enfin, en tant qu’adhérents d’associations professionnelles, nous profitons également des ressources dispensées par divers organismes ».

Chez Lemonway, prestatataire de solutions de paiement sur Internet, la directrice juridique Khuê-Hanh Dang Tran explique : « Nous formons les opérationnels par nous-mêmes, avec des thématiques obligatoires - par exemple, liées à la réglementation de notre métier -, et des thèmes facultatifs qui relèvent de la sensibilisation, comme une actualité générale - par exemple sur les sanctions de la CNIL. Les sessions sont courtes - 20 à 30 mn, et nous transmettons les supports de formation au préalable aux directeurs des services concernés. Après coup, nous relevons le ressenti des participants sur la formation et nous réclamons aussi qu’ils nous posent des questions ».

Se positionner en support

Directeur juridique du groupe de médias Rossel-La Voix du Nord, Bruno Contestin explique : « Nous avons opté pour des modes collaboratifs de formation des opérationnels : lors de sessions courtes, en 2h ou 3h, nous mélangeons différents profils - journalistes, commerciaux, administratifs, notamment - par ateliers de 4 personnes. Ils planchent sur une problématique donnée, par exemple le respect du RGPD, et cela donne une émulation et une appropriation du sujet. Chacun repart avec une synthèse et un dossier sur le thème.

Par ailleurs, nous utilisons l’intranet pour proposer une foire aux questions et des fiches pratiques sur des sujets concrets, alimentés et mis à jour en continu par les juristes. Nous envoyons également des emails informatifs au titre attractif, type « J -15 avant l’entrée en vigueur de tel règlement ». Enfin, nous nous déplaçons pour former dans les différentes entités. Point important : le chef de service est toujours impliqué et aucune réunion de formation ne se déroule sans sa présence et sa prise de parole qui cautionne la session ».

Les juristes ne sont ainsi pas perçus comme des « étrangers » qui se déplacent pour prendre du temps aux opérationnels, mais comme des collègues qui épaulent le chef de service dans une initiative destinée à aider les salariés. Bruno Contestin insiste : « L’idée est vraiment que le juriste se mette au service de ses collègues non-juristes. C’est pourquoi nous nous déplaçons régulièrement, en dehors des formations, pour rencontrer les opérationnels, voir la façon dont ils travaillent, relever leurs enjeux, afin d’apporter les éclairages juridiques pertinents ».

Adopter un langage clair

Point-clé de l’information/formation pour les non-juristes : il faut adopter un langage clair, dénué de jargon, concis, et s’appuyer sur des cas concrets.

« Nous pouvons, par exemple, partir d’un souci rencontré par une équipe », indique Philippe Valendru. Garance Dupuis, directrice juridique et compliance du groupe Lagardère Active relate : « En termes de compliance, nous déployons un programme commun et le socle de formation de base est identique pour l’ensemble des collaborateurs de la branche Lagardère Active. Mais nous avons adapté les cas pratiques en fin de session à chaque activité concernée ». La pédagogie, la simplicité, et la dédramatisation sont des démarches-clé :

« Plutôt que de faire peur avec les risques encourus, nous tâchons de nous positionner comme apporteurs de solutions, résume Bruno Contestin. Nous avons rédigé ainsi un guide de bonnes pratiques destiné aux journalistes, de façon collaborative, et qui est très utilisé. C’est une façon de faire passer le droit dans la pratique quotidienne en toute simplicité, au bénéfice de tous ».

S’il est difficile d’évaluer l’efficacité des formations après coup, certains indicateurs peuvent apporter des indices. La baisse du taux de contentieux, les demandes et questions qui remontent après une formation, ou encore le téléchargement des guides et autres fiches pratiques destinés aux salariés : ce sont autant de preuve du succès des initiatives des juristes.

Olga Stancevic
Ecrit par
Olga Stancevic
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